La préparation de la fête

~ 5 ~

arrow left

retourner

La préparation de la fête

arrow right

continuer

Les festivités des fêtes du feu dans les Pyrénées coïncident majoritairement avec le solstice d’été, marquant ainsi le rythme de la nature, de la production agricole et de l’élevage. Mais la préparation de la fête commence quelques semaines ou mois auparavant, souvent juste au début du printemps. C’est alors que se préparent les falles (flambeaux) et les brandons qu’il faut aller tailler ou couper dans les bois.

Il faut aussi coordonner les préparatifs : l’organisation de la fête repose dans certains cas sur des associations spécifiques de fallaires (les porteurs des flambeaux) alors que, dans d’autres communes, c’est le comité des fêtes ou la mairie elle-même qui l’organise.

La fête du feu et le rythme de la nature

Depuis ses origines, la célébration des fêtes du feu dans les Pyrénées a été liée au milieu naturel. Le solstice marquait le calendrier des travaux pastoraux et représentait en même temps le renouvellement d’un cycle dans la vie des sociétés de la montagne. Aux alentours de la Saint-Jean, les troupeaux sont amenés dans les pâturages de haute montagne.

Les matériaux

Les Fêtes du solstice d’été utilisent différents types de matériaux. Chaque village se sert d’espèces végétales différentes en fonction de la tradition et des forêts qui l’entourent. La variété d’éléments naturels employés est une preuve de la biodiversité des Pyrénées.  À Isil, en Catalogne, les falles sont habituellement faites en pin à crochets ; à d’autres endroits, au Pont de Suert, où il y a moins de forêts, les torches sont généralement préparées à partir de morceaux de buis sec. Très souvent, en Occitanie, le choix de l’arbre pour le brandon dépend de spécialistes, l’Office National des Forêts (ONF), de forestiers ou d’agriculteurs. L’arbre utilisé varie aussi en fonction de l’altitude et du milieu naturel : cela peut être un chêne, un hêtre, un pin ou un sapin.

Les plantes qui donnent ou ont donné la matière première des fêtes du feu sont les suivantes :

  • Pin sylvestre (Pinus sylvestris)
  • Pin à crochets (Pinus uncinata)
  • Sapin (Abies alba)
  • Noisetier (Corylus avellana)
  • Peuplier noir (Populus nigra)
  • Tremble, Peuplier tremble (Populus tremula)
  • Buis (Buxus sempervirens)
  • Chêne (Querqus sp)
  • Bouleau blanc (Betula pendula)
  • Cerisier sauvage, Merisier (Prunus avium)
  • Seigle (Secale cereale)
  • Céphalaire blanche (Cephalaria leucantha)
  • Cotonéaster (Cotoneaster tomentosa)
  • Hêtre (Fagus sylvatica)
  • Genévrier (Juniperus communis)

La préparation du haro dans le Val d’Aran

Le premier des grands actes de la Hèsta deth huec (fête du feu) de Les est la Shasclada deth haro, qui a lieu au mois de mai. On va chercher le tronc dans la forêt et en milieu de matinée commence la baishada (descente) du tronc jusqu’au village. Il s’agit d’un tronc de bois de sapin de 10 à 12 mètres que l’on amène à la force des bras sur la place du village justement baptisée : Plaça deth Haro. À son passage sur le pont de la Garonne, le cortège effectue quelques arrêts et les établissements qui se trouvent sur le trajet offrent aux porteurs du vin doux et des pâtisseries du Val d’Aran. La Shasclada commence après le repas populaire du midi. Celle-ci consiste à ouvrir le tronc pour lui planter les coins qui permettront que l’air le sèche et qu’il soit plus facile à brûler.

Sur cette même place seront disposés les tréteaux pour préparer le tronc et l’ouvrir avec des coins plantés à coups de maillet. Le haro sera dressé sur la place cinq jours après la crémation du haro de l’année précédente, pour la Saint-Pierre, avec la quilha du nouveau Haro. Le nouveau Haro est couronné par une offrande de fleurs (une couronne, un bouquet et une croix), symbole de fécondité et de fertilité, lors d’une procession menée par les derniers couples mariés du village. C’est le groupe de danse aranaise et de folklore de Les, Es Corbilhuèrs, qui l’accompagne en musique.

Le deuxième week-end de mai, Arties célèbre aussi la quilha del taro. Le dimanche matin, une expédition de ce village coupe le tronc et l’apporte sur la place pour le préparer à être brûlé la nuit de la Saint-Jean.

La préparation des falles à Isil

Les falles se préparent d’habitude au mois de mai. À Isil, la majorité de ceux qui les fabriquent sont des habitants et habitantes du village ou des propriétaires de résidences secondaires. Ceux qui préparent les falles (flambeaux) partent de bon matin vers la forêt de Benabé et sélectionnent les pins les plus adéquats pour les élaborer. Les pins sont coupés en morceaux de la taille des falles (150-180 cm). Ils sont nettoyés et leur écorce enlevée. Le côté le plus étroit de chaque falla (flambeau) est fendu. Le processus de préparation des falles continue après le petit-déjeuner. Elles sont ensuite transportées jusqu’aux cabanes de Lapre, d’où partiront les fallaires (les porteurs des flambeaux) la nuit de la Saint-Jean.

La grande falla est aussi préparée ce jour-là. Elle sera plantée sur la place de l’église et fait plus de 10 m. Les célébrations se poursuivent dans la même journée avec un déjeuner populaire suivi dans l’après-midi du dressage de la grande falla.

La préparation des brandons à Bagnères-de-Luchon

Marquant le début des fêtes, les brandons/eths halhars de la partie occitane sont aussi préparés en avril ou en mai. À Bagnères-de-Luchon, un sapin de 10 à 12 m de haut et de 50 à 60 cm de circonférence, fourni par l’Office National des Forêts, constitue l’ossature du brandon. Une fois coupé, l’arbre est apporté sur l’esplanade des Thermes Chambert. La préparation du brandon est un moment très spécial de la fête qui attire l’intérêt de nombreux visiteurs venus pour voir les techniques traditionnelles de préparation. Le brandon, pour pouvoir être brûlé, doit être bien sec. C’est pourquoi il faut le préparer de manière à ce que le procédé de séchage soit rapide. Le tronc est écorcé puis il est divisé en plusieurs parties dans le sens de la longueur à l’aide de coins en fer. Il est ensuite lié par des cercles en fer tout autour de sa circonférence pour éviter qu’il n’éclate. Le brandon est élevé et planté verticalement. Les fentes sont remplies avec des éclats de bois et de la paille, ce qui fera que le brandon sera particulièrement inflammable.